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Maladie professionnelle de l’épaule : refus de la CPAM et recours (tableau 57)

Une opération de l’épaule ne suffit pas, à elle seule, à obtenir la reconnaissance d’une maladie professionnelle. Lorsqu’une CPAM refuse une demande relevant potentiellement du tableau n° 57, l’enjeu est d’identifier le motif exact du refus et de réunir les éléments médicaux et professionnels qui y répondent.

Portrait de Luc Morin
Luc Morin — responsable éditorial

Ancien inspecteur des assurances, Luc Morin met son expérience de l’analyse des dossiers et des démarches administratives au service de l’information des assurés. Son approche repose sur la lecture des décisions, la chronologie des faits et l’identification des pièces utiles pour exercer un recours.

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Refus de la CPAM après une opération de l’épaule : la situation

Une personne opérée de l’épaule le 9 juillet 2026 indique que le médecin du travail a évoqué le tableau n° 57 des maladies professionnelles. Après le dépôt de son dossier, la CPAM lui a notifié un refus dont les explications lui paraissent insuffisantes. Elle souhaite savoir si un médecin indépendant ou un expert peut l’aider à examiner son dossier et à contester cette décision.

Pourquoi la CPAM peut-elle refuser une maladie professionnelle du tableau 57 ?

Le tableau n° 57 concerne notamment certaines tendinopathies et ruptures de la coiffe des rotateurs. Pour bénéficier de la présomption d’origine professionnelle, il faut vérifier la désignation médicale exacte, le délai de prise en charge, les éventuelles durées d’exposition et les travaux réalisés. Les conditions varient selon la pathologie et la version du tableau applicable au dossier.

L’avis du médecin du travail est important, mais ne lie pas automatiquement la CPAM. De même, une intervention chirurgicale atteste de la prise en charge d’une affection sans établir à elle seule que toutes les conditions du tableau sont réunies.

Le refus peut notamment porter sur la qualification de la lésion, la concordance entre les examens et la maladie désignée, les gestes professionnels réellement effectués, les durées d’exposition ou un délai réglementaire. Il est donc essentiel de partir de la notification écrite et non de supposer le motif du refus.

Les démarches prioritaires après le refus

  1. Relever la date de notification et les voies de recours. La lettre de la CPAM précise normalement l’instance compétente et le délai. Un recours préalable est en principe à engager dans les deux mois suivant la notification ; il ne faut pas attendre d’avoir constitué un dossier parfait pour préserver ce délai.
  2. Demander les motifs précis et l’accès aux pièces communicables du dossier. Identifier les constats de la caisse, les éléments professionnels examinés et, selon la procédure, les éléments médicaux accessibles dans les conditions prévues par les textes.
  3. Faire préciser le diagnostic. Rassembler le certificat médical initial, le compte rendu opératoire, les comptes rendus d’imagerie, les certificats et les avis médicaux. Vérifier le libellé exact de la pathologie au regard du tableau applicable.
  4. Documenter le travail réel. Décrire les tâches, les mouvements des bras, les postures, la fréquence, les durées quotidiennes, l’ancienneté de l’exposition et les éventuels changements de poste. Joindre les fiches de poste, attestations et documents de prévention disponibles.
  5. Identifier le bon recours. La commission de recours amiable (CRA) intervient notamment pour les contestations administratives ; la commission médicale de recours amiable (CMRA) concerne certaines contestations d’ordre médical. La notification et la nature du désaccord déterminent la voie à suivre. Une contestation peut ensuite relever du pôle social du tribunal judiciaire.

Un médecin de recours peut-il intervenir ?

Oui, un médecin-conseil de victimes ou un médecin indépendant compétent en pathologies professionnelles peut aider à analyser les pièces médicales. Il peut notamment comparer le diagnostic aux critères du tableau, relever les points qui nécessitent un éclaircissement et rédiger un avis argumenté. Un spécialiste de l’épaule peut également éclairer le diagnostic et les examens.

En revanche, le médecin ne remplace pas l’analyse des conditions d’exposition professionnelle ni le choix de la procédure de recours. Pour un refus complexe, une intervention coordonnée avec un avocat en droit de la sécurité sociale ou un défenseur connaissant les maladies professionnelles peut être utile. Le Portail des Assurés ne désigne pas ici un praticien particulier et ne garantit pas l’issue d’une contestation.

Et si toutes les conditions du tableau ne sont pas remplies ?

L’absence d’une condition du tableau ne signifie pas nécessairement que toute reconnaissance est impossible. Selon les circonstances, une instruction dans le cadre du système complémentaire de reconnaissance et un avis du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) peuvent être envisagés, conformément à l’article L. 461-1 du Code de la sécurité sociale. Cette voie dépend des conditions légales propres au dossier.

Modèle de recours contre le refus de la CPAM

Ce courrier convient à une contestation administrative adressée à la commission de recours amiable (CRA). Si la notification désigne la commission médicale de recours amiable (CMRA), il faut adapter le destinataire et les arguments au désaccord médical. Respecter le délai indiqué sur la décision.

Objet : Contestation du refus de reconnaissance d’une maladie professionnelle — tableau 57

Madame, Monsieur,

Par notification du [date], la CPAM a refusé la reconnaissance du caractère professionnel de mon affection de l’épaule [droite/gauche], déclarée le [date].

Je conteste cette décision pour les motifs suivants : [reprendre précisément le motif du refus, puis expliquer les éléments qui le contredisent].

Le diagnostic est établi par [certificat médical, examens d’imagerie, compte rendu opératoire]. Mon activité professionnelle comporte [description des gestes et postures sollicitant l’épaule, fréquence, durée quotidienne et période d’exposition].

Je joins à ce recours la notification contestée et les justificatifs utiles : [liste des pièces]. Je sollicite le réexamen de mon dossier au regard de ces éléments.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

[Nom, référence du dossier, date et signature]

À retenir : adresser le recours à l’instance indiquée dans la notification et conserver la preuve de son dépôt ou de son envoi. Un refus portant sur les critères du tableau et un désaccord strictement médical ne suivent pas nécessairement la même procédure.

La méthode PACTE appliquée au dossier

P — Preuves : certificat initial, imagerie, compte rendu opératoire, notification du refus. A — Activité : gestes, angles d’élévation du bras, durées et ancienneté de l’exposition. C — Chronologie : apparition des symptômes, arrêt de l’exposition, examens, opération et dates des courriers. T — Textes : tableau 57, article L. 461-1 et voies de recours indiquées par la CPAM. E — Étape suivante : sécuriser le délai de contestation puis compléter les éléments médicaux et professionnels.

Jurisprudence : tableau 57, IRM et exposition professionnelle

Le diagnostic exact, les gestes professionnels et la date d’application des textes sont déterminants.

La Cour de cassation, 2e chambre civile, 29 mai 2019, n° 18-14.811, juge que le contenu de l’IRM, élément du diagnostic au titre de l’ancienne rédaction du tableau 57 A, n’avait pas à figurer dans le dossier administratif communicable à l’employeur. La cour d’appel d’Angers, 19 février 2013, n° 11/02541, présente une analyse concrète des gestes de travail sollicitant l’épaule, sous l’ancienne rédaction du tableau. Ces décisions illustrent la méthode d’examen des dossiers ; chaque situation doit être appréciée selon ses propres faits et les textes applicables.

Pour aller plus loin

Si le dossier implique aussi une contestation médicale ou une procédure judiciaire, consultez notre cas concret sur le choix d’un avocat et d’un médecin expert après un accident du travail. Retrouvez également tous les cas concrets en droit du travail.

Questions fréquentes

Le médecin du travail peut-il imposer la reconnaissance à la CPAM ?

Non. Son appréciation contribue au dossier, mais la décision relève de la procédure de reconnaissance conduite par la caisse.

Faut-il obligatoirement une expertise médicale privée ?

Non. Elle peut être pertinente si le refus repose sur un désaccord médical ou sur la qualification de la lésion, mais son utilité doit être appréciée au regard du coût, des pièces disponibles et du motif exact du refus.

Que faire si le refus est peu explicite ?

Conserver la notification, demander les précisions et pièces utiles, et exercer le recours approprié dans le délai indiqué sans attendre la réponse à toutes les demandes d’information.

Textes et ressources officielles

Attention à la réforme du 24 septembre 2026 : le décret n° 2026-901 a supprimé dans le tableau 57 A les mentions imposant une objectivation par IRM ou arthroscanner pour certaines lésions de l’épaule. Cette évolution ne doit pas être appliquée automatiquement à une décision antérieure. Voir l’historique réglementaire du tableau 57 sur l’INRS.

INRS — tableau n° 57 et ses conditions de reconnaissance ; Assurance maladie — contester une décision de la CPAM.

À retenir : pour contester utilement le refus, il faut d’abord connaître son fondement exact, préserver le délai de recours et faire correspondre les preuves médicales aux conditions professionnelles du tableau n° 57.

Questions complexes & Cas particuliers

Une épaule douloureuse suffit-elle pour le tableau 57 ?

Une condition du tableau 57 non remplie interdit-elle toute reconnaissance ?

Que faire après un refus CPAM ?

Sources et dossiers associés

Références générales : Code de la sécurité sociale ; Service-Public.fr. La règle exacte dépend du statut et de la procédure.

À lire également : Maladie professionnelle · Accident du travail · Faute inexcusable

Actualisation juridique 2026 : la réforme de l’indemnisation de l’incapacité permanente AT/MP prévoit, pour les consolidations concernées à compter de son entrée en vigueur fixée au plus tard au 1er novembre 2026, une distinction entre incapacité permanente professionnelle et fonctionnelle. Les règles applicables doivent être vérifiées selon la date de consolidation. Source officielle : article L. 434-1 A du Code de la sécurité sociale (version à venir).

À lire également : Maladie professionnelle reconnue chez une infirmière libérale : quels droits auprès de la CPAM et de la CARPIMKO ?. Ce cas concret explique les vérifications utiles selon le régime de protection sociale applicable.

Cas concret complémentaire : Polypose naso-sinusienne, maladie professionnelle et recours contre un avis du CRRMP.

Guide pratique CPAM : Déclarer une maladie professionnelle : certificat médical, formulaire Cerfa, délais et instruction en 2026.